Comprendre l'astrologie · Fondamentaux
Les systèmes de maisons : Placidus, Porphyry, Whole Sign...
Pourquoi il existe une dizaine de systèmes de maisons en astrologie. Whole Sign, Placidus, Porphyry, Koch comparés : forces, faiblesses, qui les utilise.
8 min de lecture · Mis à jour 2026-05-09
Le chapitre précédent t'a expliqué quoi sont les 12 maisons. Reste à expliquer comment on les trace. Et là, surprise : il existe une dizaine de systèmes mathématiquement différents pour découper la sphère locale en 12 maisons. Aucun n'est "vrai" au sens absolu. Chacun trisecte différemment et donne des résultats différents — parfois assez proches, parfois très divergents pour les latitudes extrêmes.
Voici le tour d'horizon, la comparaison, et la position d'Astrolabica.
Pourquoi plusieurs systèmes existent
Le ciel local au moment et au lieu de ta naissance est un objet 3D complexe. Plusieurs cercles importants le traversent :
- L'écliptique (la ligne du Soleil et des planètes)
- L'équateur céleste (la projection de l'équateur terrestre)
- Le méridien local (le cercle qui passe par le zénith et les pôles célestes)
- L'horizon local (le cercle qui sépare le ciel visible du ciel invisible)
Ces quatre cercles définissent 4 points cruciaux sur l'écliptique :
- L'Ascendant (Asc) — où l'écliptique croise l'horizon à l'est
- Le Descendant (Desc) — où l'écliptique croise l'horizon à l'ouest (opposé à l'Asc)
- Le Milieu du Ciel (MC) — où l'écliptique croise le méridien au-dessus de l'horizon
- Le Fond du Ciel (IC) — où l'écliptique croise le méridien sous l'horizon (opposé au MC)
Ces 4 points sont les angles du thème. Tous les systèmes de maisons les calculent de la même manière (modulo des détails négligeables) — et tous les attribuent aux maisons 1, 7, 10, 4 respectivement.
Le débat commence avec les 8 cuspides intermédiaires (les débuts des maisons 2, 3, 5, 6, 8, 9, 11, 12). Comment trisecter les 4 quadrants délimités par les angles ? Selon quelle dimension on trisecte ? Le temps, l'espace écliptique, l'équateur, l'arc diurne ? C'est cette question géométrique qui donne naissance à des dizaines de systèmes.
Whole Sign — le plus ancien (~-300)
- Année d'apparition : ~-300 (hellénistique précoce)
- Logique : chaque maison = un signe entier. Maison 1 = signe entier de l'Ascendant. Maison 2 = signe suivant. Etc.
- Cuspide M1 : le 0° du signe de l'Ascendant (pas le degré exact de l'Asc)
- Cuspide M10 : le 0° du dixième signe à partir de l'Asc
Si ton Asc est à 17° du Lion, en Whole Sign, toute la M1 est le Lion (de 0° à 30° du Lion), toute la M2 est la Vierge, etc. Le degré exact de l'Ascendant (17°) tombe quelque part au milieu de la M1.
Forces :
- Mathématiquement le plus simple (pas de calcul de cuspides intermédiaires)
- Fonctionne partout sur Terre, y compris aux pôles
- Système originel hellénistique, redécouvert par le revival traditionnel des années 2010
Faiblesses :
- Le MC ne tombe pas forcément sur la cuspide de la M10 (souvent il tombe en M9 ou M11). Pour les modernes, c'est un défaut majeur ; pour les hellénistes, c'est normal et porteur de sens.
Qui l'utilise : astrologie hellénistique reconstituée, astrologie védique (sous le nom de bhava chalit ou rasi chart), une fraction croissante d'astrologues occidentaux contemporains depuis 2015.
Equal House — la cousine moderne
- Année d'apparition : ~Ie siècle de notre ère (Manilius), repopularisée XXe siècle
- Logique : 12 secteurs de 30° à partir du degré exact de l'Ascendant
- Cuspide M1 : degré exact de l'Asc (donc si Asc à 17° Lion, cuspide M1 = 17° Lion)
- Cuspide M2 : 17° Vierge ; cuspide M3 : 17° Balance ; etc.
C'est la version "déplacée" de Whole Sign : on garde les 30° égaux, mais on calle l'origine sur le degré exact de l'Asc plutôt que sur le 0° du signe.
Forces : simple, marche partout. Faiblesses : comme Whole Sign, le MC peut ne pas tomber sur la cuspide M10.
Qui l'utilise : minoritaire mais existant, surtout dans la lignée d'Alan Leo et chez certains astrologues britanniques.
Porphyry — la trisection écliptique simple
- Année d'apparition : IIIe siècle (Porphyre de Tyr, philosophe néoplatonicien)
- Logique : trisection des arcs écliptiques entre Asc-MC, MC-Desc, Desc-IC, IC-Asc
- Cuspide M1 = Asc, M4 = IC, M7 = Desc, M10 = MC (les angles)
- Les 8 cuspides intermédiaires sont calculées en trisectant chaque quadrant sur l'écliptique
Forces :
- Très simple mathématiquement
- Le MC tombe pile sur la M10 (les angles sont respectés)
- Marche aux latitudes extrêmes
Faiblesses :
- Les maisons ont des tailles inégales (un quadrant peut être de 60° ou de 120° selon ta latitude et la saison). Certains astrologues trouvent ce défaut acceptable, d'autres pas.
Qui l'utilise : astrologie occidentale médiévale, Co-Star (qui le présente comme "modern astrology"), et certains astrologues humanistes modernes.
Placidus — le standard pro contemporain
- Année d'apparition : XVIIe siècle (Placidus de Titis, moine bénédictin italien)
- Logique : trisection du temps que met chaque point écliptique à parcourir son arc diurne (le temps entre son lever et son passage au méridien)
- Cuspide M11 : point qui a parcouru 1/3 de son arc diurne. M12 : 2/3. Idem pour les maisons sous l'horizon.
C'est mathématiquement plus complexe : on ne trisecte pas un arc spatial, on trisecte un arc temporel. Pourquoi ? Parce que les planètes se déplacent dans le ciel local à des vitesses inégales selon la latitude — et le système Placidus prétend mieux refléter le mouvement réel des planètes au-dessus et au-dessous de l'horizon.
Forces :
- Le système le plus utilisé en astrologie occidentale moderne (probablement >70% des praticiens et des apps pro)
- Reflète le mouvement diurne réel des planètes
- Standard de fait dans les logiciels (Solar Fire, Astrology King, AstroSeek...)
Faiblesses :
- Mathématiquement instable aux latitudes extrêmes : au-delà de ~66° N/S (cercle polaire), certaines cuspides ne peuvent pas être calculées (l'arc diurne d'un point peut ne pas exister si le point ne se lève jamais ou ne se couche jamais). Pour Reykjavík l'été, ou St-Pétersbourg l'hiver, Placidus se casse.
- Les maisons ont des tailles très inégales (jusqu'à 60° dans une maison aux hautes latitudes).
Qui l'utilise : standard occidental moderne, astrologues professionnels en France et aux US, Astrolabica par défaut, AstroSeek, Astro.com (option par défaut), Solar Fire.
Koch — variante de Placidus
- Année d'apparition : 1962 (Walter Koch, Allemagne)
- Logique : trisection du temps que met l'Ascendant à atteindre chaque cuspide (pas le point écliptique lui-même comme Placidus)
- Variante "personnelle" : tout est référencé au déplacement de l'Asc
Forces : populaire en astrologie allemande et chez certains astrologues humanistes ; conceptuellement élégant. Faiblesses : mêmes problèmes que Placidus aux latitudes extrêmes.
Qui l'utilise : astrologie germanique, certains modernes francophones.
Autres systèmes (rapides)
- Regiomontanus (XVe siècle, Johannes Müller von Königsberg) — trisecte l'équateur céleste, projeté ensuite sur l'écliptique. Précurseur de Placidus, encore utilisé en astrologie horaire.
- Campanus (XIIIe siècle, Campanus de Novare) — trisecte le premier vertical (le grand cercle perpendiculaire au méridien et passant par l'est-ouest). Esthétique mais peu utilisé.
- Topocentric (1961, Polich-Page) — variante moderne très proche de Placidus, conçue pour corriger ses défauts aux latitudes extrêmes.
- Alcabitius (Xe siècle, astrologue arabe) — trisecte le temps que met l'Asc à atteindre le MC. Précurseur de Koch.
- Morinus (XVIIe, Jean-Baptiste Morin) — trisecte l'équateur céleste pur. Ignore l'écliptique. Marginal.
Tableau comparatif
| Système | Apparition | Base mathématique | Cuspides M1/M10 = angles ? | Marche aux pôles ? | Utilisateurs typiques |
|---|---|---|---|---|---|
| Whole Sign | -300 | Signes entiers à partir de l'Asc | M1 = signe de l'Asc, M10 = 10e signe (peut ≠ MC) | Oui | Hellenistic revival, Inde |
| Equal House | ~Ie | 12 × 30° depuis Asc exact | M1 = Asc, M10 ≠ MC | Oui | Tradition anglo, A. Leo |
| Porphyry | IIIe | Trisection écliptique des arcs | Oui | Oui | Co-Star, médiéval |
| Placidus | XVIIe | Trisection du temps écliptique diurne | Oui | Non (>66°) | Standard pro moderne, Astrolabica |
| Koch | 1962 | Trisection du temps de l'Asc | Oui | Non (>66°) | Astrologie allemande |
| Regiomontanus | XVe | Trisection équatoriale | Oui | Non (>66°) | Astrologie horaire |
| Topocentric | 1961 | Variante Placidus améliorée | Oui | Mieux que Placidus | Modernes minoritaires |
Aux latitudes extrêmes : pourquoi Whole Sign est utile
Notion clé. Au-delà du cercle polaire (~66° N/S), Placidus, Koch et Regiomontanus se cassent mathématiquement parce qu'ils dépendent de l'arc diurne, qui peut ne pas exister (soleil de minuit, nuit polaire). Whole Sign et Porphyry restent utilisables partout sur Terre. Si tu fais un thème pour quelqu'un né à Tromsø, c'est important.
Pour 99% des humains qui vivent entre les tropiques et les latitudes moyennes, le problème ne se pose pas. Mais c'est un argument de fond pour le revival hellénistique : Whole Sign est universellement applicable, ce qui n'est pas le cas du standard moderne.
La position d'Astrolabica
Astrolabica utilise Placidus par défaut, parce que c'est :
- Le standard de fait dans la pratique occidentale moderne
- Ce que tes amis astrologues utilisent probablement
- Ce qu'attend l'utilisateur grand public
Mais l'app permet de switcher vers Whole Sign, Koch ou Equal House en deux clics. Visualiser le même thème dans plusieurs systèmes superposés est, à notre avis, le meilleur exercice pour comprendre que les maisons sont une grille interprétative, pas un fait objectif. Elles structurent ta lecture, elles ne décrivent pas une réalité dure.
Le verdict
Notion clé. Aucun système de maisons n'est "vrai". Tous sont des outils. Le débat entre Placidus et Whole Sign est moins un débat astronomique qu'un débat philosophique sur ce qu'on veut mesurer. Placidus mesure le mouvement diurne réel ; Whole Sign mesure une structure symbolique pure. Choisis celui qui résonne avec ta pratique, ou utilise les deux pour bénéficier des deux lectures.
Quelques recommandations pratiques :
- Tu débutes ? Reste sur Placidus. C'est le standard, tu pourras suivre n'importe quel cours sans confusion.
- Tu t'intéresses à l'astrologie traditionnelle / hellénistique ? Apprends Whole Sign en parallèle. Tu verras que certaines configurations apparaissent plus clairement.
- Tu fais un thème pour quelqu'un né au-delà du cercle polaire ? Utilise Whole Sign.
- Tu veux comprendre Co-Star ou comparer ? Utilise Porphyry.
Chapitre suivant : les angles, ce qui structure tout le thème.